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« Tout est une question d’ambiance ! », Marc Faenger

Début Juillet, Curiosity Music a levé le voile sur son huitième EP, Pony, dont l’auteur n’est autre que Marc Faenger. Quelques mois plus tôt, l’Allemand avait déjà répondu présent à l’appel du label en remixant l’un des tracks de l’EP «XXL» , mais aussi en prenant part à la troisième Release Party en janvier dernier. À cette occasion, et plus récemment par écrit, le DJ et producteur a évoqué ses débuts, ses influences, ses projets et son avenir. 

 

CURIOSITY MUSIC : Selon votre biographie, vous tirez vos influences de Pink Floyd et The Allan Parsons Project. Qui vous a initié à ce style musical?

MARC FAENGER : Dans les années 1970 et 80, mon père ne jurait que par ce genre de musique. Ses goûts allaient du rock progressif à des groupes électroniques pionniers tels que Kraftwerk, entre autres.

 

C.M. : Quel a été votre parcours avant de vous lancer dans la musique?

M.F. : Inspiré par l’univers du skateboard, les graffiti et la vague pop rock qui m’entouraient à l’adolescence, je me suis lancé dans le webdesign et l’illustration. Cependant, après trois ans d’études et surtout un an d’activité dans ce milieu, j’ai réalisé que cela ne me convenait plus, et me suis dirigé vers la musique.

 

C.M. : Vous faisiez également partie d’un groupe de rock, n’est-ce pas?

M.F. : Oui, je chantais et j’étais bassiste au sein d’un groupe. On jouait nos propres chansons, qui étaient marquées par les influences de Mel Collins et de la scène underground.

 

C.M. : Comment êtes-vous alors passé du rock à la musique électronique?

M.F. : La transition s’est faite tout naturellement. Dans les années 90, un ami m’a fait découvrir l’univers des soirées électroniques… auquel j’ai immédiatement accroché! À partir de là, la machine était lancée et il n’y avait plus de retour en arrière possible. À l’instar des musiques indépendantes, les sons se répétaient mais à chaque fois avec une nouvelle impulsion. Je me suis donc laissé porter par ce style électronique.

 

C.M. : Depuis vos débuts, quels artistes vous ont inspiré et amené à produire vous-même de la musique?

M.F. : Quand j’ai débuté, j’écoutais en boucle les Daft Punk, ce qui a largement inspiré mon travail. Mes productions ont rapidement évolué vers des sonorités plus profondes, vers une techno plus mûre avec peu d’effet mais qui mise sur l’ambiance. Je citerai aussi Loco Dice, que j’ai côtoyé à l’occasion de plusieurs événements. À travers notre amitié, j’ai pu percevoir certaines choses en profondeur.

 

C.M. : Comment avez-vous rencontré le maître Richie Hawtin?

M.F. : À un moment, Richie Hawtin jouait plusieurs de mes titres. Un jour, son agence m’a contacté pour me proposer de jouer à ENTER. La nouvelle fut si soudaine que je suis resté sous le choc! Après coup, j’ai bien évidemment accepté. Quand nous nous sommes retrouvés l’un en face de l’autre, il m’a complimenté sur mon travail et m’a dit qu’il avait hâte de me rencontrer. Bien sûr, j’étais aux anges! S’en est donc suivi ma première prestation à ENTER.

 

C.M. : Rencontrer un artiste d’une telle renommée n’est jamais anodin. Quel regard portez-vous sur lui?

M.F. : J’ai vécu une sorte de révélation. Au stade qu’il atteint dans sa carrière, il ne doit plus rien à personne. Pour autant, en plus d’être l’un des types les plus talentueux et sympathiques que je connaisse, Richie a su garder les pieds sur terre. Avant notre rencontre, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Et finalement, tout s’est déroulé simplement et nous avons rapidement sympathisé.

 

C.M. : Comment a débuté votre aventure avec le label M-nus?

M.F. : Là aussi, les choses se sont déroulées en douceur. Après un an à jouer aux côtés de Richie, nous nous sommes dits que notre collaboration devait continuer. J’ai donc créé sept titres dont six ont été sélectionnés pour un premier EP. Aujourd’hui, j’ai encore du mal à réaliser et je n’en reste pas moins flatté.

 

C.M. : De quelle manière travaillez-vous?

M.F. : J’ai toujours travaillé avec rigueur. Quand j’ai décidé de me consacrer entièrement aux musiques électroniques, je savais pertinemment qu’il me faudrait faire preuve de persévérance et que l’argent ne coulerait pas à flots. Pour autant, cela reste avant tout mon travail donc je me lève chaque matin avec la même l’envie d’aller en studio. De cette manière, on s’améliore un peu chaque jour, on apprend à dépasser ses limites et on développe certains automatismes. L’essentiel est de s’instaurer un rythme.

 

C.M. : Vos DJ sets et productions débordent d’énergie. Selon vous, quelle serait la définition d’une expérience musicale réussie?

M.F. : Tout dépend de la manière dont le public réagit. Certains se laisseront facilement transporter, alors que d’autres non. L’état d’esprit, les gens qui nous entourent, le lieu et le son joué en club, chaque détail prend son importance. Un bon trip musical pourrait se résumer au fait de ressentir l’ambiance qui provient de tout l’espace, comme si tous les gens étaient sur la même longueur d’onde. De là, on arrive à atteindre une symbiose. Dans le meilleur des cas, cela peut durer toute la soirée.

 

C.M. : Que pensez-vous de la scène et du public français?

M.F. : En France, on ressent une grande ouverture d’esprit. Il est toujours sympa d’avoir des dates dans le coin. Je pense évidemment au Rex club, qui est une institution pour bon nombre d’artistes, moi y compris. Sans compter l’émergence de nouveaux producteurs ambitieux tels que vous. Ça bouillonne ici et ça fait du bien!

 

C.M. Et si vous deviez comparer les scènes française et allemande?

M.F. : L’avantage de la techno est sa relative universalité, et plus particulièrement en Europe. Aux États-Unis, cela peut-être une autre histoire. Pour ma part, je ne ressens pas vraiment de différences à l’intérieur de l’Europe.

 

C.M. : Où vous voyez-vous dans dix ans?

M.F. : J’ai du mal à me projeter aussi loin dans l’avenir. Alors avec un peu de chance, j’espère continuer à faire ce que je fais aujourd’hui, ce qui suffira amplement à mon bonheur.

 

C.M. : L’industrie de la musique électronique ne cesse d’évoluer. À votre avis, à quoi ressemblera t-elle dans dix ans?

M.F. : J’ai l’impression que notre industrie est sur le point de se réduire après s’être considérablement développée, ce qui est bon signe, je suppose. En quelque sorte, l’histoire se répète : à un moment donné, les choses prennent beaucoup d’ampleur, puis finissent par s’éteindre ou disparaître pour laisser place au renouveau. En tout cas, c’est ainsi que je perçois les choses.