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“Je préfère la musique qui s’écoute fort et qui se vit”, Loïs

Le 18 décembre, Curiosity Music a célébré la sortie de son dixième opus, Flore, un EP produit par le brillant cerveau et les mains expertes de Loïc Saunier, alias Loïs, précédemment connu sous le pseudo de Loïs Plugged. Nourri de nombreuses influences accumulées au gré des découvertes qui ont peuplé sa carrière, le Bordelais livre ici Flore et Class, deux titres teintés d’une house à la fois classique et diablement contemporaine, réalisés en collaboration avec ses amis Fruckie et Nebula Beatz, accompagnés de deux remixes signés MoMs et François V. Au fil d’une longue conversation, Loïs évoque ses débuts, son parcours professionnel et ses différentes productions, sans oublier sa rencontre déterminante avec le génial Laurent Garnier.

 

CURIOSITY MUSIC : Quand et comment les musiques électroniques sont-elles entrées dans votre vie?

LOÏS : J’ai grandi à Cognac en Charente. Musicalement, chez mes parents il y avait toujours de la variété française et internationale, ainsi que du classique. À vrai dire, je ne ressentais pas grand-chose pour la musique en général. Vers quatorze ou quinze ans, la découverte de la techno, avec sa puissance et ses jeux de kicks, m’a vraiment transcendé. Alors que j’étais au collège, je suis tombé sur un remix techno de 2 Unlimited, un groupe de dance à la mode au début des années 1990. Dès la première écoute, cela m’a retourné, bouleversé. Pour moi, ce courant commercial a été une porte d’entrée vers des musiques plus underground. Au collège, j’avais un copain de classe dont l’oncle était DJ. Tous les deux, nous avons alors commencé à écouter et mixer des vinyles. C’est ainsi que tout a commencé.

Je suis essentiellement autodidacte. J’ai toujours été un grand fan de hardware. Au milieu des années 90, il n’y avait pas d’ordinateurs, donc j’ai commencé à acheter une boîte à rythmes, des synthétiseurs et des tables de mixage multi-effets… Par la suite, j’ai beaucoup vendu pour acheter de nouvelles machines, et j’ai appris sur le tas tout ce que j’ai pu. Par la force des choses, je me suis intéressé à l’ingénierie audio donc à l’enregistrement, au mixage et au mastering. Et depuis quelques années, j’essaie de continuer à avancer dans cet art-là.

 

C.M. : Quels artistes et courants musicaux vous ont-ils influencé au cours de cette phase de découverte?

L. : Dans les années 1990, je citerai Daft Punk et Fatboy Slim mais je me suis aussi intéressé à tous les styles un peu plus durs comme la hard techno, le hardcore, etc. Je pense notamment aux productions du label UW jusqu’au début de la décennie 2000. Par exemple, DJ Kraft, Laurent Hô et Manu Le Malin font vraiment partie de ma culture. Par la suite, il y a bien sûr eu toute la période electro, avec Boys Noise, le label Boxon Records, etc. D’une manière générale, je n’ai jamais été très sensible au courant minimal. J’ai toujours été plutôt maximal (rires)! Je préfère la musique qui s’écoute fort et qui se vit.

 

C.M. : Si vous vous concentrez désormais essentiellement à la production, quelle place le DJing a-t-il occupé dans votre parcours?

L. : J’ai surtout été sur scène entre 2000 et 2010. Durant cette période, j’ai écumé pas mal de clubs et rave parties en France et à l’étranger, notamment en Suisse, en Allemagne et en Angleterre, où je jouais de la hard techno. Alors que tous mes potes mixaient, j’ai toujours été plus attiré par le live et la production. Sur scène, je me suis donc surtout produit en live. J’aime bien le DJing aussi, mais je trouve moins intéressant de mixer la musique des autres que de présenter la mienne, même si cela reste bien sûr un acte créatif.

 

C.M. : Outre vos productions, vous vous consacrez à Intelligent Design Studio, votre studio de production et de mastering, votre label Wefine et la DJ Art School, que vous avez créée à Bordeaux avec votre ami Sébastien Rideaud. Quel rôle y jouez-vous ?

L. : Au milieu des années 2000, on a vu s’ouvrir pas mal d’écoles de DJ, mais aucune dans le Sud-Ouest, donc nous nous sommes lancés dans cette aventure. Au quotidien, Sébastien gère la partie DJing et événementiel, tandis que j’encadre la production musicale et le suivi d’enregistrement. C’est un beau projet que nous essayons de continuer à développer d’année en année.

 

Ça fait toujours plaisir d’être soutenu et encouragé par Laurent Garnier

 

C.M. : Parlons de Flore, votre dernier EP, que Curiosity Music a le grand honneur de sortir en décembre. Dans quelles conditions avez-vous produit ces deux nouveaux titres, Flore et Class?

L. : J’ai travaillé dans mon studio à Bordeaux. C’est un projet qui est intimement lié à mon pote Fruckie. Nous aimons beaucoup produire de la house ensemble. Pour Class, j’ai commencé à travailler le son de basse principal sur mon modulaire. Ensuite, j’ai inclus une rythmique binaire. Mes rythmiques sont toujours très simplistes, je me concentre davantage sur la création de synthés et d’effets. De son côté, Fruckie a tout de suite pensé à cette voix a capella, que nous avons posée dessus et qui nous a plu à tous les deux.

Flore, l’autre titre, est le fruit d’un projet que j’ai démarré avec un autre ami, Nebula Beatz. Nous avons travaillé ensemble sur la partie sampling. Je lui ai laissé gérer la partie rythmique et il a aussi trouvé une voix qui passait bien. Puis j’ai terminé la composition en y ajoutant un gros break et pleins de synthés. À partir du moment où quelqu’un apporte une idée à l’un de mes projets, je le cosigne toujours avec lui.

 

C.M. : À l’écoute, ces deux tracks sonnent à la fois Old School et vraiment contemporains…

L. : C’est exactement ce que je cherchais! Le côté Old School est lié à la partie rythmique et à l’atmosphère générale de ces tracks. Le modulaire est une technologie ancienne qui sonne très 70’s, 80’s et 90’s. Nous nous sommes inspirés de ce que nous aimons dans les productions de ces époques-là, et y avons ajouté un côté plus dense, plus propre, plus clair, pour que ça sonne contemporain. En gros, nous avons repris une esthétique sonore vintage que nous avons complémentée avec tout ce qu’il y a de plus moderne.

 

C.M. : Si Curiosity Music a finalement pu signer ce magnifique EP, c’est grâce à Laurent Garnier, qui a été le premier à jouer Flore dans “It Is What It Is, son émission mensuelle diffusée sur Radio Meuh. Comment tout cela est-il arrivé?

L. : Par le biais du mastering, j’ai été amené à travailler avec des gens qui ont collaboré avec Laurent Garnier. L’une de ces personnes m’a gentiment donné son adresse mail, et je lui ai envoyé ma démo. Quelques jours plus tard, il m’a répondu qu’il kiffait vraiment ces deux tracks et m’a tout de suite proposé d’en diffuser un dans son émission, ce qui se refuse difficilement! Ça fait toujours plaisir d’être soutenu et encouragé par cet homme-là, qui reste notre référence en France, notre tonton!

 

C.M. : Comme les fameux sets et productions de Laurent Garnier, on a le sentiment que la musique que vous proposez dans cet EP a le pouvoir de séduire des mélomanes de tous âges et horizons… Partagez-vous cette impression?

L. : Je l’espère évidemment. En tout cas, il est vrai que c’est une musique qui rassemble. Par exemple, mes élèves à l’école adorent ce que je produis, qu’il s’agisse de techno ou de house. Au début, cela m’a surpris car j’aurais pensé que ma musique intéresserait plutôt les trentenaires et quadras, mais pas du tout. Finalement, quand la qualité est au rendez-vous, je crois tout le monde peut recevoir les émotions véhiculées par la musique.