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Chris Rusu, les pieds sur terre, et la tête dans les étoiles

Le 18 septembre, Curiosity Music a signé sa rentrée musicale en publiant le tout premier album de sa jeune histoire : Our Place Among the Stars, composé par Chris Rusu. Après sa participation remarquée à XXL, l’EP de MRDIE, le producteur américain dévoile un nouvel opus qui laisse entrevoir toute la richesse de son univers artistique. Telle une ode au temps qui passe, les huit morceaux de cet album s’avèrent tour à tour puissants, mélodiques et entêtants, tout en étant résolument taillés pour les dancefloors. Deux semaines après sa sortie, l’artiste revient sur les moments clés de son parcours et sur la genèse de sa dernière production. 

 

CURIOSITY MUSIC : Comment avez-vous découvert l’univers des musiques électroniques?

CHRIS RUSU : J’ai commencé à m’exercer aux platines et à la table de mixage à treize ans, avant même le début du Djing digital.

 

C.M. : En 2014, vous avez signé votre première production sur le label SCI+TEC de Dubfire, récoltant d’impressionnants soutiens. Quel a été le point de départ de cette aventure?

C.R. : J’ai d’abord rencontré Skoozbot, avec qui le feeling est très bien passé, ce qui m’a permis d’entrer directement en contact avec Ali (Shirazinia, alias Dubfire, ndlr). Je lui ai alors envoyé ce que je ressentais à ce moment-là et il s’est avéré que nous partagions le même état d’esprit.

 

C.M. : Où puisez-vous votre énergie créatrice, et quelles sont vos sources d’inspiration?

C.R. : Pour cet album, Stephan Bodzin et Marc Romboy ont clairement joué un rôle moteur. Leur musique m’a encouragé à sortir de ma zone de confort et de mes sons techno et minimalistes habituels. Ils m’ont amené à entendre la musique comme une histoire complète empreinte d’émotions.

 

C.M. : Parmi votre sélection musicale, quels sont les morceaux qui ont marqué un tournant dans votre parcours?

C.R. : Je citerais Gaiser, JPLS et Skoozbot, des artistes que j’ai découverts entre 2005 et 2008. C’est à cette période que je suis tombé amoureux de l’expansion et de la contraction des sons, des éléments qu’on retrouve dans presque toute ma musique, qu’elle soit minimal/techno ou plus mélodique. Plus récemment, l’album Powers of Ten (sorti chez Herzblut, ndlr) de Stephan Bodzin a tout changé pour moi en tant que producteur et DJ.

 

C.M. : Quelles sont les pièces fétiches de votre studio dont vous ne pourriez pas vous passer?

C.R. : Sans hésiter, le Moog Sub 37 fait partie de mes indispensables. Je suis également très attaché à l’Arturia V Collection.

 

C.M. : Comment décririez-vous votre marque de fabrique, les thèmes et l’atmosphère qui représentent votre style musical?

C.R. : Je pense que mon signe caractéristique est de travailler les sons en étant capable d’étendre leur potentiel au-delà d’une durée classique. Pour cela, je suis amené à créer des pauses dans le rythme et des passages de transition. Cette technique est l’une de mes armes dans mon arsenal de production.

 

C.M. : Que raconte Our Place Among the Stars?

C.R. : La naissance, la vie, la mort, l’espoir d’un recommencement après la mort, et ainsi de suite.

 

C.M. : Votre épouse Leah a participé activement à cet opus en prêtant sa voie au titre Different Dimensions. Comment vous est venue cette idée?

C.R. : Leah est partie prenante de toute ma musique. Elle est tombée amoureuse des sons que j’avais produits pour cet album et a commencé à les accompagner de sa voix. Nous avons alors décidé de l’enregistrer et le résultat nous a plu.

 

C.M. : Comment s’expriment les musiques électroniques dans votre ville de Madison, dans le Wisconsin?

C.R. : Aux États-Unis, c’est généralement difficile sauf si l’on vit dans une grande ville, où l’on peut bénéficier du soutien d’une communauté et d’une vision plus large qui permette à la scène musicale d’évoluer. Dans les plus petites villes, les promoteurs de soirées ont tendance à booker des DJs dans leurs propres cercles, ce qui peut être frustrant pour le public des musiques électroniques, mais aussi pour les DJs et producteurs. Heureusement, quelques-uns sont toujours prêts à organiser des soirées spéciales en mêlant de belles têtes d’affiches et des DJ locaux. Pour ma part, j’ai la chance de vivre à trois quarts d’heure de Milwaukee et deux heures de Chicago, deux centres névralgiques qui font émerger suffisamment de nouveaux talents pour ravir mes oreilles.

En Amérique, il y a des hauts et des bas comme partout ailleurs dans le monde. Je trouve juste regrettable que l’actualité mette trop souvent l’accent sur les mauvaises nouvelles, ce qui prévaut dans toutes les régions du monde. Ici, il y a vraiment de bonnes personnes qui s’efforcent d’être ouverts d’esprit, pacifiques, et qui souhaitent des changements concrets et positifs.

 

C.M. : Quels conseils donneriez-vous aux jeunes DJ et producteurs débutant sur la scène électronique?

C.R. : Je leur conseillerais de faire preuve d’un travail acharné, d’être présents lors des événements importants et d’apporter leur soutien aux bons professionnels qui sauront le leur rendre. Lors de ces événements, je leur dirais d’entrer en contact avec les DJ et producteurs, une fois leurs sets terminés, afin de pouvoir partager au maximum avec eux. Il ne faut jamais hésiter à demander conseil tout en restant en phase avec ses objectifs et sa vision musicale. Il faut accueillir les critiques avec du recul et ne laisser personne dire que ce qu’on fait n’est pas assez bon. Il fait juste continuer à affiner son son et à grandir avec lui.

 

C.M. : Comment percevez-vous la scène électronique française, et plus particulièrement la scène parisienne?

C.R. : J’ai vu Richie Hawtin jouer ma musique dans des clubs et festivals en France. Apparemment, elle semble susciter de bonnes réactions du public. Naturellement, j’aimerais vivre cette expérience moi-même un de ces jours, pourquoi pas lors d’un live sur l’une des excellentes scènes parisiennes.

 

C.M. : Quel est votre rêve ultime en tant que Dj et producteur?

C.R. : Qu’il s’agisse de mes productions ou de mes sets, je voudrais que le public ressente ce que j’ai ressenti en studio ou ce que j’essaie d’exprimer en mixant.

 

C.M. : Auriez-vous un message à adresser au public?

C.R. : Eh bien, je dirais: longue vie et Techno!

 

C.M. : Pour conclure, quels sont vos projets en cours pour ces prochains mois?

C.R. : J’ai quelques remixes en préparation pour plusieurs labels. Le dernier en date, The Dream Of Dreamers, est sortie à la fin de l’été sur le label SCI+TEC. N’hésitez pas à tendre l’oreille!